Chronique Bethenyate: La genèse de l’Institution

Lentement, il ouvrit les yeux. La matinée s’annonçait belle et ensoleillée.  Il se leva sans précipitation et respira profondément. L’air était frais. Imprégné de cette odeur printanière et incomparable qu’on ne rencontre que durant les quelques jours où les pommiers sont en fleurs. Il inspira de nouveau une autre bouffée d’air. Il la conserva quelques secondes dans ses poumons et la rejeta lentement par les voies nasales. Quelques secondes plus tard, sa décision était prise. Ferme et définitive. Il devait, il allait créer l’Institution.

Ainsi pourrait commencer la Génèse. La Génèse version Président Caillot. Celle écrite par lui-même. Celle qui raconte sa création de l’Institution autrefois appelée Stade de Reims.

Si le Président Caillot n’a pas créé l’univers, il a créé l’Institution. De toute pièce. Ex nihilo comme aimait à le dire mon prof de latin. Et comme l’univers a sa théorie créatrice, la fameuse Big Bang Theory, l’Institution a son big bang à l’origine duquel est le Président Caillot.

A l’image de l’univers, l’Institution a ses objets célestes. Ses planètes tournent en orbite autour de soleils plus ou moins éphémères. L’Institution a ses étoiles filantes et ses naines multicolores… Et l’Institution a aussi ses trous noirs, des lieux ou le temps ne s’écoule plus, où tout entre et rien ne sort. Ni lumière ni information. Des lieux ou la matière semble se désintégrer…

Le Président Caillot a créé l’Institution à son image. Sur les conseils de l’avocat d’En Rouge et Blanc, et pour éviter tout contact avec le service juridique de l’Institution, j’ai supprimé tous les adjectifs que j’avais initialement utilisés pour décrire l’image de l’Institution et de son Président.

Malgré ses défauts, un succès indéniable de l’Institution peut être attesté par la montée en L1 en 2012. Le président Caillot pense que le mérite en revient quasi exclusivement à sa gestion financière exemplaire. Disons qu’il s’attribue une paternité des succès à 80%, et il attribue 10% au coach et 10% aux joueurs. Donc environ 0,5% pour chaque joueur si on considère qu’il faut environ 20 joueurs pour une saison. Comme les résultats des élections à 20H, ces pourcentages peuvent être modifiés par tout à chacun de quelques dixièmes de pourcent.

Pour le Président Caillot, c’est la bonne gestion financière de l’Institution qui a conduit à la montée en L1. Chef d’entreprise reprenant les idées du Médef, le Président Caillot place la finance avant l’humain (le sportif). Demandez à un représentant du Médef qui est responsable de la richesse de l’entreprise ? Le patron ou l’employé ? La réponse sera sans ambiguïté : c’est le patron ! L’employé obtempère, il exécute. En aucun cas il ne peut être jugé responsable du succès… Le responsable du succès de l’Institution en 2012, ce n’est ni Fauré ni Tacalfred, c’est le Président Caillot par sa clairvoyance et sa gestion financière rigoureuse. Enfin, si on pose la question au Président Caillot.

Pour soutenir ma théorie, je vous renvoie au projet Horizon 2020 dans lequel le Président Caillot affirme (faudrait-il dire affirmait ?) qu’il veut faire passer le budget de l’Institution à 40 millions d’Euro afin de la pérenniser parmi l’élite. Pour quelle raison ? Parce que selon l’analyse du Président Caillot les clubs ayant un budget de 40 millions ne sont jamais relégués. Les clubs relégables ont un budget de 20 ou 30 millions d’Euro.

Le pire est que l’observation est vraie. C’est juste  son analyse qui est biaisée. L’analyse du Président Caillot sous entend que si je gagne 50 millions à l’euromillion et que je fais don de cette somme au CSSA, le club avec son budget de 50 millions va nécessairement caracoler aussitôt en tête du championnat de National… Bien sûr que non ! La vérité est que les clubs ayant un budget de 40 millions d’Euro ne descendent pas parce que pour avoir un tel budget, il leur a fallu savoir se structurer en un club solide, obtenir la confiance de nombreux sponsors, de nombreux  spécialistes de la communication, de nombreux financiers… Or ces personnes sont méfiantes, leur confiance n’est obtenue que si chaque rouage du club est parfaitement optimisé, que rien n’est laissé au hasard, que chaque salarié ou bénévole du club est là pour sa compétence et non par copinage ou par échange d’un service, d’un silence, d’une promesse de faire taire toute critique en interne. L’ordre des choses est un budget qui atteste d’un professionnalisme rigoureux qui conduit alors à la réussite sportive. Mais le budget ne certifie sûrement pas en lui même la réussite sportive. Un club mal structuré bénéficiant d’un gros budget sera relégué rapidement comme des clubs à petit budget mais très bien structurés peuvent se maintenir.

Ne reconnaissant pas la part de Fournier dans le succès de l’Institution en 2012, et ne lui concédant qu’environ 10% de mérite, le Président Caillot l’a laissé partir pour 600000 € à Lyon en 2014. On va me dire qu’il était impossible de résister à cette offre. Mais Fournier avait un contrat donc le Président pouvait théoriquement bloquer ce transfert. Il pouvait surtout faire monter les enchères davantage et en tirer plus que 600000 €… Mais aux yeux du Président Caillot, Fournier n’était qu’un petit astéroïde traversant fugacement la galaxie institutionnelle et 600000 € étaient une somme facilement gagnée.

Fournier parti, le Président Caillot a  bien dû le remplacer, le règlement l’oblige. Pourquoi dépenser beaucoup pour suppléer 10% de la raison du succès ? Donc le Président Caillot a pensé qu’un entraineur novice, sans expérience, parisien et propre sur lui ferait l’affaire. Et la comète Vasseur est apparue. Les comètes sont généralement décrites selon trois éléments : leur noyau, leur chevelure et leur queue. Pour Vasseur, la chevelure était probablement le premier critère. Mais la plus grande qualité de Vasseur demeure qu’il n’était pas cher ! Venant sans staff, le débutant Vasseur ne pouvait avoir que peu d’exigences. Il a validé le recrutement proposé par le staff aux ordres du Président et il n’a jamais envisagé remettre en question les 80% de succès auto-attribués par le Président. On connaît la fin.

Pour remplacer Vasseur, le Président Caillot a corrigé son erreur. Il avait introduit le Parisien dans la bergerie. Il a donc choisi une autre comète : un entraineur novice, sans expérience, propre sur lui mais recouvert de la teinte locale, le rouge et le blanc : l’ancien joueur Guégan dont les qualités sur le critère « comète » me sont inconnues. Ne disposant pas du BEPF (mais inscrit aux frais du SDR pour l’obtenir) Guégan avait deux grandes qualités, il n’était pas cher et issu du club. Il ne risquait pas de remettre pas en question les 80% de succès auto-attribués par le Président. On connaît la fin.

Pour remplacer Guégan, le Président Caillot a corrigé son erreur. Il a fait appel à un entraineur cher et expérimenté. Mais pensant toujours que l’entraineur n’est responsable que de 10% du succès, le président Caillot a fourni à Der Zak des joueurs encore une fois moyens, non complémentaires et se retrouvant embarqués sur un vaisseau spatial sans cap à suivre, sans projet de jeu défini. Encore un échec…

Pourquoi ce recrutement ? Aux yeux du Président Caillot, chaque joueur n’est responsable que de 0,5% du succès. Alors pourquoi ne pas tenter Roberge, Mavinga ou Ngog. Avec Der Zak, l’Institution a tenté Bouhours, Da Cruz ou Baldé. Le Président Caillot parle du recrutement de Baldé comme d’un pari qu’il n’était pas stupide de tenter… un pari ! Pas une approche stratégique de jeu, un recrutement sur des qualités complémentaires à celle de Kyei ou Chavarria, une adéquation avec la tactique de der Zak. Non, Baldé a été une opportunité se situant dans les prix de l’Institution.

L’approche mercato du Président Caillot ressemble à ma tactique lorsque je vais à l’hippodrome de Reims. Je n’y connais rien aux courses alors je tente des paris raisonnables : 5 € sur Kiki d’Orient dans la première. Perdu ! 6,50 € sur Tournesol des Îles dans la deuxième. Perdu ! Etc. Je ne mise jamais plus de 10 €. Et parfois la chance me sourit. Je gagne et je prétends être le roi des pronostiqueurs…

Si on ajoute l’intermède Guion, et qu’on entérine le départ annoncé de MDZ, le Président Caillot aura donc fait défiler 6 entraineurs en 3,5 ans aux commandes de la fusée institutionnelle. Est ce que le succès ne demande pas un peu de stabilité, un choix réfléchi de l’entraineur et un projet sportif vrai et autre qu’une promesse de montée ?

Il faudrait que Président Caillot intègre que le football est une activité économique dans le domaine du sport. Ce sport est professionnel donc l’aspect financier est important mais sa finalité primordiale reste de marquer des buts. Ce sport est aussi un spectacle qui pour attirer du monde demande un minimum d’engagement, d’être un tant soi peu enthousiasmant. Et pour ça, il faut des joueurs, un entraineur et un projet de jeu. Les millions entassés à la Caisse d’Epargne ne servent à rien.

Alors aujourd’hui j’espère voir du jeu à Delaune en 2017/2018. Monsieur Caillot, ce n’est pas vous demander la lune…

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